Retour à la liste des actualités

Visite officielle de la famille royale de Suède à Pau

Patrimoine | Mardi 9 octobre 2018

Lundi 8 octobre 2018, la Ville de Pau a reçu la famille royale de Suède à l’occasion du bicentenaire de l’accession au trône leur aïeul Jean-Baptiste Bernadotte, né à Pau et couronné à Stockholm.

Le Roi Carl XVI Gustaf, entouré de la Reine Sylvia, de la Princesse Victoria et du Prince Daniel, a inauguré le Musée Bernadotte, tout juste rénové et sis dans la maison natale de Bernadotte, rue Tran. Après une réception à la Mairie de Pau, le Roi du Suède et le maire de Pau ont planté un chêne au parc Beaumont, en lieu et place du magnolia qui avait été planté précédemment par le roi Oscar II  en 1899. Une bouture de ce magnolia historique a été remis à la Princesse Victoria à destination de la jeune Princesse Estelle.

 


 

A l’occasion de cette visite, François Bayrou a prononcé à l’Hôtel de Ville un discours rappelant la force des liens qui unissent Pau et la Suède à retrouver ci-dessous  :  

Sire, Votre Majesté, Altesses Royales,
Madame la Ministre des Affaires Européennes,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus de notre ville de Pau et de notre agglomération,
Mesdames, Messieurs, 

C’est un honneur et une grande joie pour notre ville que de refonder et renouer les liens qui unissent votre famille, et donc votre pays, les familles régnantes qui vous sont apparentées, et donc leurs pays, avec la ville qui vit naître votre aïeul.

Permettez-moi de vous le dire d’emblée, ces liens pour nous ne sont pas anecdotiques.

Comme vous le savez, Majesté, Bernadotte n’est pas le seul créateur de dynastie qui soit né sur notre terre, au bord du Gave, et devant la plus belle vue de terre du monde, comme la définissait Lamartine dans une lettre à Stendhal. 

Et nous sommes fiers de vous accueillir dans cette salle de nos séances solennelles, sous le portrait des deux fondateurs, votre aïeul, qui sera Charles XIV Jean, roi de Suède, et Charles III Jean, roi de Norvège, et deux siècles auparavant, Henri IV de France, qui fut aussi Henri III de Navarre.

Jean-Baptiste Bernadotte, votre aïeul, et Henri de Navarre, créateur de la dynastie des Bourbons.

Mais Bernadotte est à coup sûr le plus Béarnais des deux, puisqu’il est indéniablement et indiscutablement béarnais à 100 %, portant fièrement ses quatre quartiers d’ascendance béarnaise, non seulement de Pau où il naquit et naquit son père, mais par sa mère de la plaine du Gave, la plaine de Nay, d’où, comme chacun sait ici, ne viennent que des bienfaits, et du côté de son père des coteaux proches, notamment de Serres-Castet, dont il serait aisé d’en dire autant. 

De sorte que les généalogistes ne peuvent avoir aucun doute : si nombreuses sont nos racines mêlées que vous devez avoir dans cette salle, et pardonnez-moi de le dire, à cette tribune, non seulement des admirateurs, mais des cousins.

Permettez-moi de le dire devant vous qui avez dû y réfléchir souvent : cette destinée est fascinante.

Qu’un jeune garçon dont le père vient de disparaître s’engage à 17 ans dans l’armée du Roi, soldat du rang, mais de belle tournure, que dix ans plus tard, il se retrouve sergent, mais que pris dans les événements du siècle au cœur de l’histoire de notre France, il se retrouve cinq ans plus tard général de brigade, puis général de division, puis ambassadeur à la cour de Vienne, qu’il y rencontre Beethoven, lui inspirant la symphonie Héroïque, puis quelques mois plus tard ministre de la Guerre, puis avec les hauts et les bas de la fortune et de l’infortune de l’époque, bientôt maréchal, puis Prince de Pontocorvo, et bientôt souverain de Suède.

Il y a de larges méditations à conduire et sans aucun doute à partager avec les historiens d’Henri IV, sur le caractère romanesque de ces deux destinées, l’une et l’autre plongées au feu des événements les plus brûlants du millénaire, les guerres de religion pour l’un, et l’épopée révolutionnaire et napoléonienne pour l’autre et la tragédie de la défaite dans la guerre avec la Russie pour votre pays.

Les grandes convulsions historiques décapent les destins et les révèlent à eux-mêmes et surgissent alors des figures, des personnalités, qui se hissent d’emblée jusqu’à tutoyer l’histoire à la façonner, quitte à la rudoyer s’il le faut, alors que leurs contemporains la subissent.

Voyez-vous, Majesté, nous sommes un pays, cela ne vous surprendra pas qui aime les grands desseins et les grands caractères, et qui aime à lire son destin dans le miroir de l’histoire du monde.

Beaucoup à partager sur le croisement des destinées, qui fait de votre aïeul le familier de Napoléon qui fut son collègue, dont il épousa la première fiancée, votre aïeule Désirée Clary dont il est juste que dans cette histoire on prononce le nom, pour en être ainsi du même coup le beau-frère…

Destinée romanesque à la mesure de l’histoire, des siècles et des millénaires.

Mais aussi destinée épique, héroïsme militaire : Henri IV gagnera son royaume autant par son épée que par la logique dynastique, en vingt années de dures batailles, et Bernadotte rencontrera sa destinée parce que votre pays cruellement défait et amputé d’une partie de son territoire géographique et historique cherchait une compétence militaire qui put le rassurer et le garantir contre de nouveaux assauts venus de l’Est. 

L’un et l’autre pourtant de ces deux guerriers ne réalisèrent leur destinée qu’en échappant à la logique guerrière.

Pourquoi Bernadotte a-t-il été plébiscité par les États lors de l’élection au trône de Suède, parce que quelques années auparavant, en situation de vainqueur, gouverneur des villes hanséatiques, il avait accordé, contre l’avis de l’Empereur et de ses proches, un armistice qui économiserait beaucoup de vies et de déshonneur à la Suède de Charles XIII. Et lorsqu’Henri IV gracie les prisonniers qu’il fait sur le champ de bataille, il n’agit pas autrement. 

« J'ai vu la guerre de près, j'en connais tous les fléaux ; il n'est point de conquête qui puisse consoler la patrie du sang de ses enfants, versé sur une terre étrangère. J'ai vu le grand Empereur des Français, tant de fois couronné des lauriers de la victoire, entouré de ses armées invincibles, soupirer après l'olivier de la paix. Oui, Messieurs, la paix est le seul but glorieux d'un gouvernement sage et éclairé ; ce n'est point l'étendue d'un Etat qui en constitue la force et l'indépendance : ce sont ses lois, son commerce, son industrie, et par-dessus tout, son esprit national. »

Charles Jean, adresse au roi Charles XIII et aux états généraux du royaume de Suède, le 5 novembre 1810.

Et c’est ainsi que la destinée unira ces deux souverains, ces deux créateurs de mondes. Car ces deux hommes de guerre, seront de grands hommes de paix. L’un et l’autre se lanceront dans l’œuvre immense de reconstruction de leur pays dévasté : « le cadavre de la France », « le cadavre de la Suède ». Identiquement et parallèlement, à deux siècles de distance : économie, commerce, réseau routier, ports, assèchement des marais, école, reconstruction de l’État, équilibre des finances, développement de l’agriculture et de l’artisanat, débuts de l’industrie. 

Je dois vous le dire, Majesté, grands guerriers, ils furent l’un et l’autre plus grands dans la paix que dans la guerre. 

Et il y a à cela un grand secret. Votre aïeul avait pour devise : « que l’amour du peuple soit ma récompense ». Et sur le socle de la statue majestueuse d’Henri IV qui domine la salle des conférences de l’Assemblée nationale, seule effigie de souverain dans ce temple de la République : « la violente amour que j’ai de mes sujets m’a rendu tout aisé et honorable ». 

Voilà pourquoi, Majesté, le pays des racines de votre famille est heureux de recevoir en votre personne, et dans ceux qui vous accompagnent, le visage même de la Suède. Votre pays, notre pays, leurs destins liés. Nous voulons les faire découvrir et connaître, avec chaleur et compréhension, en signe d’une amitié, venue d’il y a deux siècles et qui se projette vers l’avenir, scientifique, culturel, économique, touristique, pour que se ravive et se refonde sans cesse le lien que constitue entre nous Jean-Baptiste Bernadotte, le roi Charles XIV Jean, votre ancêtre et notre compatriote.

Retour à la liste des actualités

Partage

 |